Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde
Ghandi
Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde
Ghandi
Je ne savais pas à quoi m'attendre en arrivant en Nouvelle Calédonie, si ce n'est que j'allais découvrir de magnifiques paysages, enfin retrouver un sol où le français était la langue
officielle et l'euro la monnaie. Première surprise : l'euro n'est pas en vigueur et il m'a fallut, là encore, jongler avec les taux de conversion, entre Francs CFP (francs pacifique) et
euros.
Très vite, dès l'aéroport, j'ai découvert les multiples facettes de ces Iles (la Nouvelle Calédonie c'est un petit archipel comprenant Grande Terre où se trouve
Nouméa, les 4 Iles Loyautés (Maré, Lifou, Tiga, Ouvéa) et l'Ile des Pins), que je n'ai cessé d'expérimenter tout au long de mon séjour.
D'un côté, la beauté de paysages de carte postale; une nature encore sauvage et préservée (même si les "poubelles sauvages" sont nombreuses); de très belles rencontres avec des
kanaks chaleureux, désireux de faire connaitre leur histoire, qui m'ont expliqué une culture très ancienne, une structure sociale vraiment particulière qui repose sur des tribus,
des petits chefs et des grands-chefs et la coutume. Une culture ancrée profondément, encore aujourd'hui, dans leur vie quotidienne notamment dans les Iles Loyauté; où la
solidarité, la vie en communauté et en harmonie avec la nature, le partage...ne sont pas des notions abstraites.
A chaque île ses particularités, ses codes, sa propre langue kanak qui fait que les habitants de Lifou et Ouvéa par exemple, peuvent ne pas se comprendre si ils ne parlent pas le français,
langue commune. C'est passionnant à découvrir d'autant que le tourisme, en tout cas dans les îles, n'a pas trop abimé leur façon de vivre. La plus grande majorité des
habitants s'implique pour la préserver, même si certains avouent qu'elle est parfois difficile à supporter et que la faire évoluer est problématique compte tenu du poids des ancètres et des
traditions. Et les touristes sont, dans leur quasi totalité, extrêmement respectueux.
De l'autre côté, j'ai aussi ressenti le clivage kanaks/blancs. J'ai souvent eu l'impression de deux mondes qui se cotoient sans se mélanger, sentiment que j'avais déjà eu en Australie
entre les aborigènes et le reste de la population. Avec tout ce que cela entraine de ressentiment, de colère, de frustration et d'incompréhension; lesquels sont palpables. J'ai plusieurs fois été
mises en garde contre une violence assez présente, aggravée par les problèmes d'alcool. Et j'ai malheureusement rencontré des personnes directement victimes, ou des infirmières de
dispensaire. C'est là bas que j'ai ressenti le plus fortement l'insécurité en voyageant seule. Sentiment qui m'était quasiment inconnu jusqu'ici.
Est-ce mon séjour en Australie et la découverte des conditions de la colonisation britannique et de ses conséquences sur les populations aborigènes du pays qui m'ont fait être plus réceptive
à tous ces éléments, plus attentive...et aussi plus touchée? Peut être, certainement même. Avec une dimension autre : ici les colons étaient français...
Tout ceci me laisse de mon séjour un sentiment très mitigé. Le pays est magnifique et la préservation de sa nature est exceptionnelle mais je n'ai jamais été 100% à l'aise ni tranquille en
me promenant. Peut être aussi me suis je mis trop de barrière et que certaines de mes peurs m'ont freinée? Certainement il y a de ça. Peut-être aussi un peu de culpabilité? Je ne sais pas.
Entre 2014 et 2018, les habitants seront amenés à se prononcer sur l'indépendance, par référendum. Aujourd'hui, personne ne sait dire qui l'emportera. Personnellement, je souhaite
juste que tout se passe au mieux et que ces Iles du bout du monde conservent leurs particularités et leur environnement si riches, en les faisant partager à ceux qui veulent vraiment découvrir le
monde autrement.