Je blaaaaaaaaaaaaague! Ma grand-mère croira en moi le jour où les poules auront des dents. Et encore, c'est pas sur! Quand je l'ai appelée après plusieurs semaines de silence, ses premières
questions ont été, dans l'ordre "qu'est-ce que tu deviens? Tu travailles?". C'était tellement prévisible, j'aurais pu écrire le dialogue avant même de l'entendre.
Assez contente de moi, je dois l'avouer, je lui ai dit "oui, je suis en train de concrétiser mon activité et de me lancer en auto-entrepeneur".
Bon, là je nous vous retranscrirai pas ma grand-mère dans le texte, mais en gros, j'ai eu droit à tout : et tu vas gagner assez d'argent pour vivre? Et comment tu vas faire pour ta sécu? Et pour
la mutuelle? Et Monsieur Duchmol il a eu des problèmes. Et, et et... Pas une question sur mes activités, pas un petit mot d'encouragement et encore moins de félicitations (faut dire, j'y croyais
pas non plus!).
En même temps, je ne lui en veux pas. Elle est coincée dans ses peurs ma mamie : à 89 ans, elle a connu une époque de plein emploi ou on ne perdait pas son job et on n'en changeait pas. Et en
plus, elle a fait carrière dans l'Education Nationale. Alors forcément, en dehors du salarié et du CDI (les deux ensemble obligatoirement)...point de salut!
Pourquoi je vous parle de ma grand-mère?? Parce que pendant très longtemps son avis a longtemps été important pour moi; que je me suis empêchée de faire des choses qui me tenaient à coeur en me
collant des obligations vis à vis d'elle et aussi, je dois bien l'avouer, par peur de lui faire de la peine, de la mettre en colère...Bref, tout un tas de chose qui, je l'ai compris il y a peu,
me maintenait dans une relation d'enfant à adulte avec elle, et non d'adulte à adulte.
Depuis quelques temps que je "m'émancipe", ça grince grave des dents de l'autre côté. D'où la nécessité que j'ai eu de prendre de la distance pour pouvoir poser tout ce que j'ai envie
de poser sans perdre mon énergie à batailler de l'autre côté pour expliquer à quelqu'un qui n'est pas en mesure d'écouter, encore moins d'entendre.
Et aujourd'hui, je suis contente de constater que ma grand-mère n'a pas changé, ne changera pas...mais que cela n'a plus autant d'importance pour moi (voir plus du tout...mais je ne vais pas
crier victoire trop vite!!!).
Maintenant ses réactions ne me font plus pleurer, elle me font sourire. Maintenant j'ai expérimenté que je pouvais vivre les choses pour moi sans me traîner la culpabilité, ses peurs et ses
préjugés. Maintenant, je n'attends plus sa reconnaissance, ses encouragements ou son approbation, parce que je sais que je ne les aurai jamais.
Maintenant, je poursuis mon petit bonhomme de chemin, toujours en lui conservant une place particulière dans mon coeur, mais libérée d'un lien beaucoup trop lourd qui m'empêchait d'être moi,
pleinement. D'être adulte.